La grâce présidentielle accordée ce vendredi 2 octobre 2026 au président du Mouvement démocratique libéral (MoDeL), Aliou Bah, intervient dans un contexte de pression judiciaire croissante sur les autorités guinéennes. Quelques heures plus tôt, la Cour de justice de la CEDEAO avait saisi la Cour suprême de Guinée pour obtenir des informations sur l’exécution de son arrêt ordonnant la libération immédiate de l’opposant.

Un dénouement qui soulève des interrogations sur les véritables motivations de cette décision présidentielle.
Condamné à deux ans de prison ferme pour offense et diffamation envers le chef de l’État, Aliou Bah était détenu depuis janvier 2025. Son dossier avait pris une nouvelle dimension le 25 juin 2026, lorsque la Cour de justice de la CEDEAO avait reconnu des violations de ses droits fondamentaux, notamment sa liberté d’expression et sa liberté de circulation.
La juridiction communautaire avait alors ordonné à l’État guinéen de mettre fin immédiatement et sans condition à sa détention. Elle avait également accordé à Conakry un délai d’un mois pour rendre compte des mesures prises en vue de l’application de son arrêt.
Mais plusieurs mois après cette décision, Aliou Bah était toujours en prison. Une situation qui a conduit la Cour de justice de la CEDEAO à relancer les autorités judiciaires guinéennes.
Dans une correspondance datée du 25 septembre 2026, rendue publique le 2 octobre, le greffier en chef de la juridiction communautaire a saisi la Cour suprême de Guinée afin de connaître les dispositions prises pour appliquer l’arrêt. Une démarche qui accentuait la pression institutionnelle sur Conakry.
C’est dans ce contexte que le président Mamadi Doumbouya a annoncé, à travers un décret lu à la télévision nationale, la grâce présidentielle accordée à Aliou Bah, parmi 217 détenus bénéficiaires de cette mesure à l’occasion de la fête de l’indépendance.
Une grâce sous influence de la CEDEAO ?
La proximité entre la relance de la procédure d’exécution par la Cour de justice de la CEDEAO et la décision présidentielle alimente les interrogations. La grâce d’Aliou Bah peut-elle être interprétée comme une réponse aux pressions de la juridiction communautaire ?
Si la chronologie des événements laisse entrevoir un possible lien entre les deux démarches, aucun élément public ne permet, pour l’heure, d’établir que la décision de Mamadi Doumbouya résulte directement des pressions de la CEDEAO.
D’autant que la grâce présidentielle constitue une prérogative du chef de l’État et que plusieurs autres détenus ont également bénéficié de cette mesure.
Au-delà de la libération d’Aliou Bah, cette affaire pose une question fondamentale : celle du respect par la Guinée des décisions des juridictions communautaires et de ses engagements en matière de droits humains.
Pour le président du MoDeL, cette grâce met fin à une longue période de détention. Mais elle ne dissipe pas toutes les interrogations sur les circonstances de sa libération et sur la portée de la décision de la Cour de justice de la CEDEAO.
Entre geste de clémence présidentielle et réponse à une pression judiciaire régionale, la grâce d’Aliou Bah ouvre ainsi un nouveau chapitre dans les relations entre les autorités guinéennes et les institutions judiciaires de la CEDEAO.
