La CEDEAO est née de la tournée entreprise en 1972 par les anciens chefs d’Etats du Nigeria, le Général Yakubu Gowon, et son homologue togolais Gnassingbé Eyadéma pour promouvoir l’idée de l’intégration. Trois (3) ans plus tard, l’organisation régionale a vu le jour. Au départ, le Traité de Lagos de 1975 était focalisé sur l’économie. Toutefois, du fait des problèmes politiques qu’a connus la région, il a fait l’objet d’une révision qui a permis en 1993, l’élargissement de son champ d’application et de ses prérogatives. Chose qui est salutaire. Partant de cette modification, la CEDEAO a pour objectif de promouvoir la coopération économique et politique entre les Etats.
Cependant, depuis l’élargissement de ses prérogatives en 1993, la promotion de la politique a pris le dessus sur les aspects socio-économiques. Pourtant si nous remontons à la genèse de la création de la CEDEAO, on s’en souviendra que l’une des raisons de sa création est le fait que l’Afrique de l’Ouest est constituée de différents groupes linguistiques issues de la colonisation (français, anglais, lusophone). Ce qui veut dire différents groupes économiques. Les francophones à l’exception de la Guinée ont l’UEMOA. Les anglophones ont chacun une monnaie et une banque. IL fallait donc créer une communauté ECONOMIQUE qui pouvait regrouper ces petits groupes économiques, en faire une grande communauté économique, afin de faire face à la mondialisation.
A partir de cette communauté économique, la CEDEAO devrait à travers ses agences spécialisées être capable de mettre en place une monnaie unique, une banque commune ouest africaine capable de faire des prêts aux Etats membres si besoin et financer les projets d’intégrations sous-régionaux. Mais depuis sa création, d’il y a 40 ans, elle peine à répondre aux vraies questions d’intégrations économiques. La CEDEAO à travers ses institutions a oublié qu’elle est un instrument d’intégration économique sous-régionale. Dans ce sens, la libre circulation des personnes et leurs biens, le bien-être de la communauté, primes sur la POLITIQUE.
Par ailleurs, une bonne intégration sous-régionale voudrait dire aussi qu’au lieu que le Nigeria et le Niger fassent un barrage hydroélectrique chacun, le Nigeria peut faire un barrage et fournir du courant au Niger. Quant au Niger, il peut à son tour fournir de l’eau au Nigeria. La côte d’ivoire produit le cacao qui est transformé en produit fini en Guinée, quant à la Guinée, elle produit de la bauxite qui peut être transformé en alumine au Sénégal, puis en aluminium au Mali au lieu de le faire ou tendre la main en dehors de l’espace de la CEDEAO. Et peu importe le problème politique qui surviendrait, ceci ne devrait pas avoir un impact sur ces acquis d’intégrations.
Mais de nos jours, toutes ces réflexions sont au point mort à cause de la politique. Les réflexions sur la mise en place d’une communauté économique solide ont cédé la place à la dérive politique. Et à partir du moment où les réflexions de la CEDEAO ne touchent plus aux aspirations, aux biens être du peuple, les questions de réforme se posent. Notre organisation sous-régionale est à revoir ! Elle ne répond plus, ni aux aspirations du peuple, ni à la mission d’intégration économique sous-régionale.
Ibrahima Kalil KEITA / DG du Service National de Coordination des Projets Miniers
