La transition guinéenne traverse une zone de turbulences extrêmes. Ce qui n’était au départ que des murmures et des observations d’analystes sur des dysfonctionnements au sommet de l’État s’est transformé en une crise ouverte, menaçant la stabilité même des institutions de transition.
Aujourd’hui, au cours d’une réunion tenue à la Primature avec le système des nations unis , en présence de la ministre Rose Pola Pricemou, a déclaré que « la transition prend une tournure à la quelle il ne se reconnaît plus ». Il profite de l’occasion pour vilipender le PROGRAMME SIMANDOU 2040, porté par la Présidence à coup de publicités tous azimuts.
Il critique vertement le choix du Cabinet KPMG chargé de rédigé le nouveau programme de développement socio économique à l’horizon 2040. Pire encore, qui souligne les divergences irréconciliables entre la Primature et la présidence, le premier ministre indique que « la jeunesse est des fois une solution, mais ici, elle nous conduit vers des lendemains incertains ».
Les récents aveux du Premier Ministre Amadou Oury Bah sur sa mise à l’écart, couplés à des informations persistantes sur les manœuvres du Secrétaire Général de la Présidence, le Général Amara Camara, pour contrôler le gouvernement, et une intervention présidentielle en urgence, dépeignent un tableau alarmant.
Parallèlement à ces déclarations explosives, des rapports insistants font état d’une offensive du Secrétaire Général de la Présidence pour remodeler l’exécutif à sa guise. Le Général Amara Camara exigerait la nomination de l’actuel Ministre des Finances, Mourana Soumah, au poste de Premier Ministre. Une choix suicidaire pour le pays.
Ce qui conduirait le Général Amara Camara à avoir la main mise sur tout le système etatique, car Le Ministre Mourana Soumah étant déjà son pion, lui obéirait au doigt et à l’œil.
Des sources rapportent même que le Général Camara aurait juré qu’Amadou Oury Bah ne pourrait demeurer Premier Ministre, craignant d’être lui-même “relégué au second plan” si M. Bah conservait une once de pouvoir réel. Ces agissements révèlent une lutte de pouvoir acharnée, bien au-delà des simples questions de préséance.
Face à cette escalade et à la perspective d’une implosion au sommet, le Président de la Transition, le Général Mamadi Doumbouya, serait intervenu. Dans une tentative apparente de reprendre le contrôle et d’endiguer le chaos, le Président aurait décrété que toute intervention publique ou initiative des membres du gouvernement devrait désormais faire l’objet d’une coordination entre ses différents collaborateurs.
Cette série d’événements plonge la Guinée dans une incertitude profonde. La “cohérence et la clarté dans la gouvernance”, jugées essentielles pour naviguer la période de transition complexe et rassurer les partenaires nationaux et internationaux, semblent plus compromises que jamais. Les craintes initiales d’une simple “désorganisation” ont laissé place à la réalité d’une fracture béante au sein de l’exécutif.
Alors que le pays attend des avancées concrètes sur le chemin du retour à l’ordre constitutionnel, la question se pose avec acuité : comment un gouvernement visiblement tiraillé et un Premier Ministre qui se déclare lui-même impuissant peuvent-ils mener à bien les réformes et l’organisation d’élections crédibles ? La réponse à cette question déterminera non seulement la stabilité à court terme de la Guinée, mais aussi la légitimité du processus de transition tout entier. Les jours à venir s’annoncent décisifs.
Abdoul Latif Diallo
Journaliste d’investigation
