Conakry 29 juillet 2025 – En Guinée, plus besoin de master en communication ou de carte de presse pour devenir une référence politique sur les réseaux. Il suffit d’une connexion mobile, et surtout d’un alignement parfait avec le discours du pouvoir.
Bienvenue dans le monde des influenceurs patriotes, ces nouveaux soldats de l’opinion, toujours prompts à dégainer leur téléphone pour défendre un ministre, attaquer un opposant, ou transformer un scandale d’État en « rumeur montée de toutes pièces par la diaspora haineuse ».
Mais attention à ne pas confondre ces soldats numériques du régime avec les vrais blogueurs, ceux qui prennent encore le temps d’écrire, d’analyser, de penser.
« On a commencé à considérer comme blogueur toute personne qui produit du contenu. Pourtant, pour avoir la qualité de blogueur, il y a un élément très important : fournir des efforts, notamment intellectuels, pour produire du contenu », rappelle Mamadou Alpha Diallo, ancien président de l’ABLOGUI.
Autrement dit : tous ceux qui font des directs Facebook à base de vociférations ne sont pas des blogueurs. Ce sont parfois juste des porte-voix sans éthique, mais bien connectés.
Et quand ces influenceurs vont trop loin ? Quand ils diffament, menacent, incitent à la haine ? Eh bien… rien.
Parce que la fameuse loi sur la cybersécurité, censée réguler le foutoir numérique, est rarement appliquée à ceux qui chantent les louanges du pouvoir.
En revanche, publie une critique contre les autorités et tu verras à quelle vitesse ton IP sera localisée.
« Le problème en Guinée, ce sont les utilisateurs des réseaux sociaux qui ne sont pas forcément des blogueurs, qui peuvent être des citoyens lambda et qui, eux, outrepassent leurs droits. […] On a une loi qui est assez claire et parfois très sévère », explique Mamadou Alpha Diallo.
Et pourtant, les seuls qui finissent à la DPJ sont souvent ceux qui partagent un rapport sur les dépenses publiques, ou un article qui dérange.
« Les autorités judiciaires utilisent la loi sur la cybersécurité pour traquer les opposants de façon illégitime, ou les personnes qui ne partagent pas le point de vue du pouvoir, au lieu de cibler ceux qui créent le désordre », déplore le chercheur.
Du côté de l’ABLOGUI, on tente de faire de la pédagogie, de la sensibilisation. Mais le problème, c’est que les influenceurs du régime n’écoutent que ceux qui les paient, pas ceux qui les éduquent.
« L’ABLOGUI ne fédère qu’une partie des blogueurs, ceux au sens classique du terme. Elle n’est pas en mesure d’appliquer une quelconque sanction disciplinaire. Ce n’est pas son objectif. »
Pendant que l’ABLOGUI sort des guides de bonne conduite numérique, d’autres sortent des bulletins de virement pour arroser des influenceurs zélés. L’un tente de construire un espace civique numérique. L’autre fait la campagne électorale depuis un salon climatisé à Sonfonia.
Avec Politikdrome
