Il est facile de critiquer l’idée qu’un opposant historique comme Cellou Dalein Diallo puisse envisager un dialogue ou même une alliance avec Alpha Condé, surtout quand on se souvient des violences commises sous le régime de ce dernier.
Après tout, beaucoup de militants ont perdu la vie, et la mémoire de ces victimes reste vivace. Mais réduire la politique à une simple question de ressentiment personnel, c’est passer à côté de sa véritable logique.
La politique guinéenne, comme ailleurs, ne se joue jamais uniquement sur le passé. Elle se joue sur les rapports de force, sur les stratégies de coalition et sur la capacité à anticiper les menaces actuelles et futures. Alpha Condé, malgré ses erreurs et les bavures impardonnables de son pouvoir, reste un acteur politique influent, capable de mobiliser ou de contrer des mouvements qui pourraient déstabiliser le pays. Et de l’autre côté, d’autres figures, parfois tout aussi redoutables, continuent d’exercer une pression sur l’espace politique. Cellou Dalein, pour sa part, sait qu’ignorer ces réalités serait se condamner à l’isolement.
Ainsi, parler, négocier ou même s’allier ponctuellement à un ancien adversaire n’est pas une trahison des principes, mais une démarche stratégique. C’est reconnaître que la défense de la démocratie et des institutions passe parfois par des compromis difficiles, et que la survie politique d’un leader dépend aussi de sa capacité à anticiper les menaces et à construire des alliances temporaires pour protéger l’essentiel : la stabilité et la voix du peuple.
En fin de compte, la politique guinéenne est un terrain où les rancunes historiques ne doivent jamais occulter la nécessité d’une vision claire et pragmatique de l’avenir. Cellou Dalein semble en être conscient, et son calcul politique ne doit pas être jugé uniquement à l’aune des blessures du passé, mais à celui de l’avenir du pays.
Akila, journaliste
