Annoncé politiquement « mort », Cellou Dalein Diallo reste pourtant au cœur des préoccupations du pouvoir de Conakry. Malgré la dissolution de l’UFDG et l’affaiblissement de l’opposition, son influence politique demeure suffisamment importante pour continuer à inquiéter le régime.
Après près de cinq années de pouvoir, le CNRD contrôle l’essentiel des leviers de l’État. Pourtant, la Guinée reste confrontée à la pauvreté, au chômage, aux scandales de gouvernance, aux restrictions des libertés et à une profonde crise politique. Au lieu de répondre à ces difficultés, le pouvoir semble faire de Cellou Dalein Diallo son principal bouc émissaire.
L’affaire de l’audio impliquant le magistrat Algassimou Diallo illustre cette tension. Cellou Dalein Diallo nie tout échange avec le magistrat et dénonce une manipulation. Cette affaire soulève surtout une question fondamentale : la justice guinéenne peut-elle encore exercer son rôle en toute indépendance lorsqu’elle se retrouve au centre des affrontements politiques ?
La dissolution des principaux partis d’opposition et l’organisation d’élections dans un contexte fortement contesté renforcent les inquiétudes sur le recul du pluralisme politique en Guinée.
Le paradoxe est saisissant : un pouvoir qui dispose de l’armée, de l’administration et des institutions continue de présenter un opposant en exil comme une menace majeure.
La véritable bataille devrait pourtant être ailleurs : contre la pauvreté, le chômage, la corruption, l’impunité et le sous-développement.
Après cinq années de pouvoir, le moment est peut-être venu pour le CNRD de regarder son propre bilan et d’assumer ses responsabilités. Car lorsqu’on détient tous les leviers du pouvoir, on ne peut pas éternellement attribuer ses échecs à un opposant qui n’en détient aucun.
La Guinée mérite une justice indépendante, des élections transparentes, une opposition libre et un pouvoir capable de reconnaître ses erreurs.
Cellou Dalein Diallo peut être politiquement affaibli, mais tant que son nom continue de hanter le pouvoir, une question demeure : qui, finalement, a le plus peur de l’autre ?
Honorable Youssouf Camara
