Conakry, 3 novembre 2025 —Après plusieurs mois de spéculations et de signaux contradictoires, le général Mamadi Doumbouya, président de la transition guinéenne depuis le coup d’État du 5 septembre 2021, s’avance désormais vers la scène électorale. Le décret convoquant le corps électoral pour la présidentielle du 28 décembre 2025 est publié, et les mouvements de soutien à sa candidature se multiplient dans tout le pays. Pour beaucoup d’observateurs, le masque est tombé : l’homme fort de Conakry est bel et bien en route pour briguer la magistrature suprême.
Une promesse de neutralité désormais caduque
Lorsqu’il prit le pouvoir en 2021, le général Doumbouya avait juré que ni lui ni les membres du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) ne seraient candidats à l’élection censée clore la transition. Cette promesse a longtemps nourri l’espoir d’une alternance apaisée.
Mais la nouvelle Constitution adoptée en septembre 2025 a changé la donne : elle ne contient plus la disposition interdisant aux dirigeants de la transition de se présenter à la présidentielle. Ce détail juridique ouvre à Doumbouya une voie désormais parfaitement légale vers le pouvoir électif.
Des soutiens orchestrés à travers le pays
Depuis octobre, les signes d’une entrée en campagne se sont multipliés :
Des fiches de parrainage en son nom ont été signées par la quasi-totalité des présidents des délégations spéciales communales.
Des mouvements de soutien, comme la Convergence Républicaine pour Doumbouya 2025, ont vu le jour.
Dans les médias publics, les discours officiels vantent de plus en plus « la stabilité et la continuité » incarnées par le général.
Pour ses partisans, Mamadi Doumbouya serait « le garant de l’unité nationale » et l’homme capable de « moderniser durablement l’État ». Ses opposants y voient plutôt une manœuvre visant à prolonger un pouvoir né d’un putsch.
“Le masque est tombé” : une rupture avec l’esprit de la transition
L’expression, popularisée sur les réseaux sociaux et dans certaines tribunes de l’opposition, traduit le sentiment d’une désillusion.
Selon plusieurs acteurs politiques, le chef de la junte aurait progressivement façonné un environnement juridique et politique taillé sur mesure :
-Dissolution ou suspension de plusieurs partis.
-Réforme de la CENI.
-Contrôle accru des médias.
Ces évolutions donnent le ton d’un scrutin où la compétition pourrait être limitée et le jeu politique déséquilibré.
Une élection décisive pour la Guinée
La présidentielle du 28 décembre 2025 marquera un tournant historique. Elle déterminera si la Guinée bascule vers un retour au régime civil démocratiquement élu, ou si le pays entre dans une nouvelle ère de pouvoir électoral.
Les chancelleries occidentales et la CEDEAO observent la situation avec prudence, rappelant que la légitimité du futur gouvernement dépendra de la transparence du scrutin et du respect des libertés politiques.
En claire, Après quatre ans de transition, le général Mamadi Doumbouya semble décidé à franchir le pas qu’il s’était lui-même interdit. Entre continuité du pouvoir et quête de légitimité populaire, la Guinée s’apprête à vivre une élection à haut risque, où le jeu démocratique se mêle à la logique de survie politique.
Le masque est tombé, dit-on à Conakry : la transition s’achève, mais la véritable bataille ne fait que commencer.
La rédaction
