Un magistrat vient d’être radié par décret présidentiel. Au-delà du nom de l’homme concerné, c’est une question essentielle qui est posée à toute la nation : quelle justice voulons-nous pour la Guinée ?
Une justice indépendante, qui ne répond qu’à la loi ? Ou une justice dont les décisions disciplinaires risquent d’être perçues comme dépendantes du pouvoir exécutif ?
J’ai, par ailleurs, regardé une vidéo de M. Kaman Gongana dans laquelle il réagit à une déclaration du Président de la République selon laquelle « la justice doit être la boussole ». Selon lui, la formule aurait plutôt dû être : « le droit doit être la boussole », car c’est le droit qui guide la justice et garantit l’État de droit.
Le fait que cette prise de position ait précédé sa radiation nourrit aujourd’hui des interrogations dans l’opinion publique. Existe-t-il un lien entre ces événements ? À ce stade, rien ne permet de l’affirmer comme un fait établi. Mais une démocratie mature ne devrait pas craindre que de telles questions soient posées. Au contraire, elle doit pouvoir y répondre avec transparence, dans le respect des règles de droit.
Dans une République, la discipline des magistrats est indispensable. Personne ne peut sérieusement soutenir qu’un magistrat fautif devrait échapper à toute sanction. Mais une sanction, surtout lorsqu’elle est la plus lourde qui soit, n’acquiert sa légitimité que si elle repose sur une procédure irréprochable, des faits établis et le plein respect des droits de la défense.
L’État de droit ne demande pas aux citoyens de croire. Il leur donne les moyens de comprendre. La transparence, la motivation des décisions et le respect des garanties procédurales sont les véritables fondements de l’autorité de la justice.
Cette affaire dépasse le seul cas de M. Kaman Gongana. Elle interpelle tous les Guinéens. Car lorsqu’un magistrat est radié, chaque citoyen est en droit de se demander si les institutions fonctionnent dans le strict respect du droit et des garanties prévues par la loi.
La force d’un pouvoir ne réside pas dans sa capacité à écarter des hommes. Elle réside dans sa capacité à démontrer que chacune de ses décisions est conforme à la loi, contrôlable par le juge et acceptable aux yeux de la conscience publique.
La Guinée a besoin d’une justice forte, mais surtout d’une justice libre. Une justice qui protège les libertés autant qu’elle sanctionne les fautes. Une justice qui ne laisse jamais penser que le droit peut céder devant la puissance.
La République ne se défend pas par la peur. Elle se construit par le respect des institutions, la séparation des pouvoirs et la fidélité aux principes de l’État de droit.
Car, au fond, une question demeure : dans une République, la véritable boussole est-elle la justice elle-même, ou le droit qui la fonde, la limite et lui donne sa légitimité ? C’est à cette question que les institutions doivent répondre pour préserver la confiance des citoyens.
Par Ibrahima Diané Juriste
