Par Dr Famara SANE
Il faut appeler les choses par leur nom : la candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général de Organisation des Nations unies n’est pas seulement un épisode diplomatique. Elle est un révélateur brutal des recompositions politiques africaines et des ambiguïtés de la souveraineté étatique dans un contexte post-présidentiel.
Car derrière le débat technique, candidature valide ou non, se joue en réalité une bataille bien plus profonde : celle de la légitimité politique dans l’arène internationale.
D’un point de vue juridique, il n’y a pas d’ambiguïté : la candidature de Macky Sall existe. Elle a été portée par un État membre, en l’occurrence le Burundi, conformément aux règles onusiennes. Ni le rejet implicite d’une partie des États africains, ni même les réticences supposées du Sénégal ne suffisent à l’annuler.
Mais la diplomatie ne se réduit jamais au droit. Elle est d’abord un rapport de forces, une construction de légitimité, une capacité à agréger des soutiens.
Et c’est précisément là que cette candidature vacille.
Le refus d’endossement par une vingtaine d’États africains n’est pas un simple incident de procédure. C’est un signal politique fort : l’Afrique n’est pas alignée. Or, dans une compétition où la crédibilité d’un candidat repose sur sa capacité à parler au nom d’un bloc, cette fragmentation est un handicap majeur.
Plus grave encore : le pays d’origine du candidat lui-même semble avoir choisi la distance.
Il faut mesurer la portée de ce fait. Dans l’histoire diplomatique contemporaine, rares sont les candidatures de cette envergure portées sans l’appui clair, assumé et offensif de l’État d’origine. Le Sénégal, longtemps perçu comme une puissance diplomatique stable et influente en Afrique de l’Ouest, envoie ici un message paradoxal : il ne se reconnaît pas pleinement dans la trajectoire internationale de son ancien chef d’État.
Ce choix n’est pas neutre. Il est éminemment politique.
Soutenir Macky Sall aurait signifié, pour le pouvoir actuel, consacrer sur la scène internationale une figure nationale encore controversée. Refuser de le soutenir revient, à l’inverse, à affirmer une rupture : celle d’une diplomatie d’État qui ne se confond pas avec les ambitions personnelles d’un ancien dirigeant.
Mais cette posture, si elle est compréhensible sur le plan interne, ouvre une faille sur le plan externe.
Car une question demeure : que vaut une candidature internationale majeure lorsqu’elle ne parvient pas à fédérer ni son continent, ni son propre pays ?
L’épisode révèle ainsi une double crise.
Une crise de l’unité africaine, d’abord. L’incapacité du continent à produire une position commune sur un enjeu aussi stratégique confirme une tendance lourde : l’Afrique peine à transformer son poids démographique et symbolique en puissance diplomatique cohérente.
Une crise de la continuité étatique, ensuite. Le cas Macky Sall illustre une réalité de plus en plus fréquente : les anciens chefs d’État deviennent des acteurs internationaux autonomes, parfois en décalage avec les orientations de leurs successeurs. Cette dissociation brouille les repères classiques de la représentation internationale.
Et pourtant, il serait erroné de conclure trop vite à l’échec définitif de cette candidature.
Car le véritable arbitre ne se trouve ni à Addis-Abeba, ni à Dakar. Il siège au Conseil de sécurité des Nations unies. Ce sont les grandes puissances qui, en dernière instance, feront et déferont les candidatures.
Dès lors, une hypothèse mérite d’être posée, aussi dérangeante soit-elle : et si Macky Sall était élu malgré tout ?
Le Sénégal en sortirait-il grandi ?
Rien n’est moins sûr.
Certes, le prestige symbolique serait immense. Voir un Sénégalais à la tête de l’ONU renforcerait indéniablement la visibilité internationale du pays. Mais ce gain d’image masquerait une réalité plus complexe : le Secrétaire général n’est pas le représentant de son pays. Il est tenu à une neutralité stricte.
Plus encore, si cette élection intervenait sans le soutien actif de Dakar, elle créerait une situation inédite : un Sénégalais au sommet du multilatéralisme mondial, mais sans ancrage politique dans son propre État.
Ce serait moins une victoire diplomatique classique qu’un paradoxe stratégique.
Au fond, cette affaire nous enseigne une leçon essentielle : la puissance diplomatique ne se décrète pas, elle se construit dans la cohérence entre légitimité nationale, unité régionale et acceptation internationale.
En l’état, la candidature de Macky Sall souffre précisément de l’absence de cette triple convergence.
Elle existe encore. Mais elle avance seule.
Et en diplomatie, avancer seul est souvent le premier pas vers l’échec.
Par Dr Famara SANE
